En 1998, des chercheurs suédois et américains apportent la preuve que des neurones sont capables de se renouveler dans des cerveaux humains adultes.
Ce résultat, qui ne fait que confirmer ce qui avait déjà été observé chez les animaux, remet en cause l’idée classique selon laquelle chaque individu disposerait d’un stock limité de cellules nerveuses qui diminuerait au fil des années.
![]() Dès 1985, des chercheurs montrent que le canari perd un certain nombre de neurones à l’automne et qu’il les renouvelle au printemps. Avantage : c’est ce qui lui permet d’apprendre de nouveaux chants chaque année. |
Comment de nouveaux neurones peuvent-ils être produits chez l’adulte ? La réponse arrive en 1999 avec l’identification par une équipe suédoise de cellules souches dans le cerveau de la souris adulte, puis dans le cerveau humain. Les cellules souches neuronales peuvent produire des neurones, mais aussi d’autres types de cellules (cellules sanguines, cellules du muscle squelettique...).
Depuis, les travaux se multiplient pour tenter de comprendre comment ces cellules donnent naissance aux neurones. L’objectif est de taille : si l’on sait orienter et stimuler ce processus, on maîtrisera la multiplication des neurones.
On sait que la mort des neurones est au cœur des maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson, Huntington). La thérapie cellulaire, qui consiste à remplacer des cellules disparues par des cellules saines, pourrait donc être une voie prometteuse pour freiner le processus pathologique de ce type de maladies.
Question : La thérapie cellulaire ouvre-t-elle vraiment la voie à de nouveaux traitements prometteurs ?
Réponse de Pierre-Marie Lledo, directeur de l’unité “Perception et mémoire olfactive“ à l’Institut Pasteur et directeur de recherches au CNRS :
Je crois qu’il faut se garder d’un optimisme excessif. C’est vrai que cette approche, la thérapie cellulaire, offre des perspectives tout à fait importantes mais l’application au champ thérapeutique prendra certainement une décennie voire plus probablement puisque l’enjeu est important. Il s’agit de comprendre d’abord comment ces cellules vont pouvoir proliférer dans une structure qu’elles n’ont jamais vu, où elles n’ont jamais rien eu à faire. Et d’autre part, ces cellules devront migrer, trouver leur cible et s’insérer dans une assemblée de cellules qui étaient déjà présentes. Ce sont trois étapes importantes qu’il faut d’abord comprendre sur le plan fondamental avant d’envisager les perspectives sur le plan thérapeutique.
Les greffes de neurones fœtaux sont déjà à l’essai chez des parkinsoniens depuis une dizaine d’années et plus récemment chez des patients atteints de la maladie de Huntington, avec des résultats plutôt encourageants : les neurones greffés peuvent s’intégrer dans les réseaux endommagés.
Mais l’accès à des cellules embryonnaires est limité pour des raisons pratiques autant qu’éthiques. La solution pourrait donc venir des cellules souches neuronales découvertes chez l’adulte.
Au laboratoire, les chercheurs sont capables d’isoler ces cellules souches, de les cultiver et de les faire devenir des neurones. Mais de là à remplacer des neurones morts dans le cerveau de patients atteints d’une maladie neurodégénérative, il y a encore du pain sur la planche.
Question : Quel est le principal obstacle à l’utilisation, à des fins thérapeutiques, des cellules souches neuronales trouvées chez l’adulte ?
Réponse de Pierre-Marie Lledo :
Ce qui reste pour l’instant énigmatique c’est de comprendre les voies de migration, comment les cellules que l’on apporte vont arriver à établir des contacts avec celles déjà existantes, comment va-t-on ajouter une brique neuve dans un mur déjà construit et fait de vieilles pierres, par exemple. Donc c’est ça l’enjeu dans le futur pour s’assurer évidemment que le réseau qui était déjà existant et fonctionnel ne va pas changer de fonction.
Article du 9 novembre 2001.